Crise d'angoisse : que faire sur le moment.
Les gestes qui aident vraiment, ceux qui aggravent sans qu'on le sache, et comment accompagner quelqu'un. À lire de préférence avant d'en avoir besoin.

1. Expirez plus longtemps que vous n'inspirez. N'inspirez pas à fond. Soufflez lentement, par le nez si vous pouvez.
2. Posez les pieds bien à plat. Sentez le sol. Décrivez tout haut cinq choses que vous voyez.
3. Ne partez pas si vous le pouvez. Asseyez-vous. Restez.
4. Dites-vous : « ça va monter, puis redescendre. » C'est vrai. Toujours.
⚠️ Appelez le 15 si c'est votre première crise, si vous avez mal dans la poitrine, le bras ou la mâchoire, ou si quelque chose vous semble inhabituel. Une crise d'angoisse peut ressembler à un problème de cœur. Seul un médecin peut faire la différence. Il vaut toujours mieux appeler pour rien.
En cas de détresse, le 3114 répond gratuitement, 24 h/24.
Une crise d'angoisse s'épuise d'elle-même. Votre rôle n'est pas de l'arrêter : c'est de ne pas l'alimenter pendant qu'elle passe. Le souffle est le seul levier vraiment sous votre contrôle.
- Allongez l'expiration. N'inspirez surtout pas à fond.
- Revenez aux sensations : le sol, les objets, les sons.
- Fuir soulage sur le moment et aggrave la fois suivante.
- Ces gestes marchent bien mieux s'ils ont été répétés à froid.
Cet article est volontairement court et concret. Si vous voulez comprendre pourquoi le corps s'emballe ainsi, notre guide sur la crise d'angoisse l'explique en détail. Ici, on s'en tient à ce qu'il y a à faire.
Le souffle : le seul bouton manuel
Pendant une crise, presque tout échappe à votre contrôle. Le cœur, la sueur, les tremblements : rien de tout cela ne se commande. La respiration, si. C'est le seul mécanisme automatique que vous pouvez reprendre en main. C'est donc par là qu'on passe.
Mais attention : pas n'importe comment.
Le réflexe naturel est d'inspirer à fond, parce qu'on a l'impression de manquer d'air. C'est exactement l'inverse qu'il faut faire. Cette impression est trompeuse : pendant une crise, on respire trop, pas trop peu. Inspirer davantage aggrave les vertiges et les fourmillements.
Le geste juste tient en une phrase : expirez plus longtemps que vous n'inspirez.
Par exemple : inspirez sur trois temps, expirez sur six. Sans forcer. Sans compter avec précision. L'idée n'est pas de réussir un exercice — c'est de ralentir.
Pourquoi l'expiration ? Parce qu'elle ralentit le cœur. C'est mécanique, et ça ne demande aucune croyance.
Un détail utile, souvent ignoré : respirez par le nez plutôt que par la bouche. Des travaux récents suggèrent que ce simple choix est légèrement plus apaisant. C'est gratuit — autant en profiter.
Deux ou trois minutes suffisent souvent à faire tourner la vague. Le psychiatre Christophe André rappelle d'ailleurs que cinq à dix minutes de respiration lente peuvent parfois bloquer une montée de panique avant qu'elle ne s'installe.
Pourquoi ça marche, en deux mots. Ralentir le souffle agit sur le corps — le cœur redescend. Mais pas seulement. Une étude menée à Munich par Anselm Doll et ses collègues a montré que le simple fait de porter attention à sa respiration calme l'activité des zones du cerveau liées à la peur. Autrement dit : compter son souffle occupe la place que prendrait la panique.
Revenir dans le présent
Une crise vous projette ailleurs. Dans ce qui va arriver, dans ce qui pourrait se passer, dans le pire.
Les sensations, elles, n'existent qu'au présent. C'est pour ça qu'elles ramènent.
La méthode la plus simple est de nommer ce qui vous entoure. À voix haute si possible, mentalement sinon :
- Cinq choses que vous voyez. Un mur, une chaise, une tache sur le sol.
- Quatre choses que vous entendez. Une voiture, un ventilateur, votre propre souffle.
- Trois choses que vous touchez. Le tissu du siège, vos pieds dans vos chaussures.
- Deux odeurs, puis un goût.
Peu importe de finir. Ce qui compte, c'est le mouvement : l'attention quitte l'intérieur et revient dehors. Notre exercice d'ancrage vous guide pas à pas.
D'autres appuis très concrets aident aussi. De l'eau froide sur les poignets ou le visage. Un objet lourd à tenir. Les pieds bien à plat, en appuyant fort sur le sol. Le froid et le poids ramènent au corps, immédiatement.
Ne pas fuir — le point difficile
Sortir du magasin. Descendre du train. Quitter la réunion.
C'est ce que la crise réclame, et c'est parfaitement compréhensible. Le soulagement est immédiat.
Le problème arrive après. Votre cerveau enregistre une chose simple : « je suis sorti, donc je vais bien, donc c'était vraiment dangereux ». La prochaine fois, l'alarme sonnera plus tôt, et plus fort.
Rester, même assis, même mal, apprend l'inverse : la vague redescend toute seule, sans qu'on fasse rien.
Deux précisions honnêtes, cependant.
D'abord, ce point est exigeant. Ne vous forcez pas seul·e si c'est trop. C'est typiquement ce qui se travaille avec un professionnel, par étapes.
Ensuite, si vous devez sortir, sortez — mais essayez de revenir ensuite, même deux minutes. Ce retour compte plus que le départ.
Ce qui aggrave sans qu'on le sache
Certains réflexes empirent les choses. Ils sont tous naturels — et c'est bien le problème.
Inspirer à fond. On l'a vu : cela accentue les vertiges et les fourmillements.
Chercher à faire cesser la crise à tout prix. Lutter, c'est ajouter de l'alarme à l'alarme. On ne stoppe pas une vague : on la laisse passer.
Surveiller son pouls. Compter ses battements confirme au cerveau qu'il y a un danger. La crise s'en nourrit.
Chercher ses symptômes en ligne. En pleine crise, c'est la garantie de tomber sur le pire scénario.
Se raisonner. « C'est ridicule, il n'y a aucune raison. » L'alarme se déclenche avant le raisonnement — la logique n'a aucune prise sur elle. Ajouter du reproche ne fait que peser davantage.
Boire de l'alcool. Cela détend sur l'instant, puis produit un effet rebond quelques heures plus tard. Souvent la nuit.
Vous n'avez pas à faire cesser la crise. Vous avez seulement à ne rien ajouter pendant qu'elle passe.
Si quelqu'un fait une crise devant vous
Votre calme compte plus que vos mots. Voici ce qui aide.
Restez. Ne partez pas chercher de l'aide en laissant la personne seule, sauf urgence médicale.
Parlez lentement, avec des phrases courtes. « Je suis là. » « Ça va passer. » « Respire avec moi. »
Respirez avec elle. À voix haute, en exagérant l'expiration. Beaucoup de gens suivent le rythme sans y penser.
Proposez sans imposer. « Tu veux qu'on s'assoie ? » plutôt que « assieds-toi ».
Ne minimisez jamais. « Calme-toi », « ce n'est rien », « respire un grand coup » : ces phrases donnent le sentiment de ne pas être compris, et ajoutent de la honte à la peur.
Après, ne faites pas comme si rien ne s'était passé. Un simple « ça va mieux ? » suffit. Le silence gêné pèse plus qu'on ne l'imagine.
Appelez le 15 en cas de première crise, de douleur dans la poitrine, de malaise avec perte de connaissance, ou si vous avez le moindre doute.
Juste après la crise
La vague est passée. Vous êtes épuisé·e, un peu tremblant·e, parfois honteux·se. C'est normal : le corps a tourné à plein régime.
Buvez un peu d'eau. Mangez quelque chose. Le corps a brûlé beaucoup d'énergie.
Ne reprenez pas tout de suite comme si de rien n'était. Accordez-vous dix minutes.
Notez trois choses, si vous le pouvez : où vous étiez, ce qui se passait juste avant, combien de temps ça a duré. Non pour analyser — pour constater. Au bout de quelques épisodes, des régularités apparaissent souvent. Et voir écrit « quinze minutes » là où on avait ressenti une éternité change beaucoup de choses.
Ne vous jugez pas. Une crise n'est pas un échec, ni un manque de volonté. C'est un système d'alarme qui s'est déclenché au mauvais moment.
S'entraîner à froid — ce qui change tout
Voici la chose la plus importante de cet article, et elle ne sert pas pendant la crise.
Une technique découverte en pleine vague ne fonctionne presque jamais. Pas parce qu'elle est mauvaise : parce que le corps ne la connaît pas encore. Le moment où l'on a le moins de ressources est le pire moment pour apprendre.
En revanche, une respiration pratiquée quelques minutes par jour, au calme, devient un réflexe disponible le jour venu.
Ce n'est pas une hypothèse. À Milan, l'équipe de Stefania Doria a suivi soixante-neuf personnes souffrant de troubles anxieux ou dépressifs, entraînées à différentes techniques respiratoires. Les symptômes ont nettement diminué — et l'amélioration tenait encore six mois plus tard, avec seulement un peu de pratique à domicile.
Concrètement, choisissez une seule pratique et tenez-la :
- Notre exercice de cohérence cardiaque guidé, quelques minutes par jour ;
- la respiration 4-7-8, utile aussi pour s'endormir ;
- la méthode 365, si vous préférez un cadre simple à retenir ;
- notre méditation guidée, pour apprendre à repérer une montée plus tôt.
Peu importe laquelle. Ce qui compte, c'est la régularité — et le fait que votre corps la connaisse avant d'en avoir besoin.
Enfin, si les crises reviennent, sachez que le travail de fond ne consiste pas à mieux les gérer : il consiste à réduire leur fréquence. C'est ce que détaillent notre guide sur l'anxiété et, si vos nuits sont touchées, celui pour retrouver le sommeil.
Systématiquement lors d'une première crise, et devant toute manifestation inhabituelle : douleur dans la poitrine, le bras ou la mâchoire, malaise avec perte de connaissance, essoufflement important. Écarter une cause physique est toujours la première étape.
Parlez-en aussi à votre médecin, à un psychologue ou à un psychiatre si les crises se répètent, si vous vivez dans la crainte de la suivante, si vous évitez des lieux ou des situations à cause d'elles, ou si vous vous appuyez sur l'alcool pour les prévenir.
En cas de détresse ou de pensées suicidaires, le 3114 est joignable gratuitement, 24 h/24 et 7 j/7. En cas d'urgence vitale, appelez le 15.
Cet article a une vocation d'information et de mieux-être. Il ne constitue ni un diagnostic, ni un traitement, ni un avis médical, et ne remplace pas l'évaluation d'un professionnel de santé. Toute manifestation physique doit d'abord faire l'objet d'un avis médical.
André, C. — travaux sur la respiration et la régulation émotionnelle (Cerveau & Psycho, Thema n°19 « Gérer son stress »). · Doll, A. et coll. (2016), université technique de Munich — l'attention portée au souffle atténue l'activité des régions cérébrales liées à la peur. · Doria, S. et coll. (2015), université de Milan — entraînement respiratoire chez 69 patients, bénéfice maintenu à six mois. · Kamath, A. et coll. (2017), université Manipal — respiration et anticipation d'une prise de parole.
On vous répond simplement.
Que faire immédiatement pendant une crise d'angoisse ?
Expirez plus longtemps que vous n'inspirez, sans jamais inspirer à fond. Posez les pieds à plat et nommez cinq choses que vous voyez. Restez sur place si vous le pouvez. Et rappelez-vous que la vague va monter puis redescendre — c'est toujours le cas. En cas de première crise ou de douleur dans la poitrine, appelez le 15.
Pourquoi ne faut-il pas respirer à fond ?
Parce que l'impression de manquer d'air est trompeuse. Pendant une crise, on respire trop, pas trop peu. Inspirer davantage accentue les vertiges et les fourmillements. C'est l'expiration qu'il faut allonger : elle ralentit le cœur, mécaniquement.
Faut-il sortir de la situation ou rester ?
Rester, si c'est possible. Fuir soulage sur le moment mais apprend au cerveau que la situation était vraiment dangereuse — et la crise suivante arrive plus vite. Cela dit, ce point est exigeant : ne vous forcez pas seul·e. Si vous devez sortir, essayez de revenir ensuite, même deux minutes.
Comment aider quelqu'un qui fait une crise ?
Restez avec la personne, parlez lentement avec des phrases courtes, et respirez avec elle en exagérant l'expiration. Proposez plutôt que d'imposer. Évitez absolument « calme-toi », « ce n'est rien » ou « respire un grand coup » : ces phrases ajoutent de la honte à la peur. Appelez le 15 au moindre doute.
Pourquoi ces techniques ne marchent-elles pas chez moi ?
Le plus souvent parce qu'elles sont découvertes en pleine crise. Une respiration que le corps ne connaît pas ne fonctionne presque jamais dans l'urgence. Pratiquée quelques minutes par jour au calme, la même technique devient un réflexe disponible le moment venu.
Combien de temps avant que ça passe ?
Une crise atteint son maximum en quelques minutes, puis décroît. La plupart durent de quelques minutes à une demi-heure. Cette limite n'est pas une question de volonté : l'organisme ne peut pas maintenir une telle décharge indéfiniment. La fatigue qui suit, en revanche, peut durer plus longtemps.

Allison — fondatrice d'AIO
Praticienne en thérapie brève, hypnose ericksonienne, PNL et communication bienveillante, j'accompagne vers plus d'apaisement et de clarté. J'écris La Revue pour rendre ces outils de mieux-être simples, sûrs et accessibles à toutes et tous.