L'article

Se fixer un objectif : pourquoi le vôtre ne tient pas, et comment s'y prendre.

Les quatre raisons pour lesquelles un objectif s'effondre, la question qu'on oublie presque toujours de se poser — et la méthode, étape par étape.

Formuler un objectif qui tient : pourquoi ils s'effondrent et comment s'y prendre
En bref

Un objectif bien formulé décrit ce que vous voulez — pas ce dont vous ne voulez plus — il dépend de vous, il est situé quelque part, et vous pouvez dire à quoi vous saurez qu'il est atteint. S'il ne tient pas, ce n'est presque jamais un problème de volonté : c'est qu'il a été mal posé au départ.

  • Quatre causes d'effondrement, aucune n'a de rapport avec la discipline.
  • La question qu'on saute : est-ce vraiment mon objectif ?
  • Une méthode en cinq étapes, à faire en dix minutes.
  • Il n'a pas besoin d'être noble pour être valable.

Chaque année, vous vous dites les mêmes phrases. « Cette fois, je m'y mets. » « Il faut que je change ça. » Trois semaines plus tard, il n'en reste rien — et vous en tirez toujours la même conclusion : je manque de volonté.

C'est presque toujours le mauvais diagnostic. Un objectif qui ne tient pas est un objectif mal posé au départ : trop vaste, tourné à l'envers, sans première marche. Ou bien — cas le plus fréquent et le plus invisible — un objectif qui n'était pas vraiment le vôtre.

Voyons d'où viennent ces échecs, puis comment formuler le vôtre pour qu'il tienne.

Les quatre raisons pour lesquelles ça s'effondre

Aucune n'a de rapport avec votre caractère. Regardez laquelle vous concerne.

1. Il est trop grand. « Me remettre au sport », « réorganiser toute la maison ». L'écart entre là où vous êtes et ce qui est visé est tel que la première marche n'existe pas. Vous ne renoncez pas par paresse : vous renoncez parce que vous ne savez littéralement pas par où commencer.

2. Il est tourné à l'envers. Il décrit ce dont vous ne voulez plus, pas ce que vous voulez à la place. « Je ne veux plus être en retard » garde le retard au centre du tableau ; « je veux partir dix minutes plus tôt » donne une cible. Le test : si votre phrase contient « ne… plus », « arrêter » ou « moins de », elle décrit encore le problème.

3. Il ne dépend pas de vous. « Que mon conjoint soit plus attentif », « que l'ambiance change au bureau ». La clé est dans la poche de quelqu'un d'autre. Il reste presque toujours une version qui vous appartient : non pas « qu'il m'écoute », mais « dire clairement ce dont j'ai besoin, une fois cette semaine ».

4. Il n'est pas le vôtre. C'est la cause la plus fréquente, et la plus difficile à voir. Elle mérite sa propre section.

Un souhait n'est pas un objectif

« J'aimerais aller mieux. » « Je voudrais être plus serein. » Ces phrases sont sincères et elles ne servent à rien — non parce qu'elles sont modestes, mais parce qu'elles ne vous donnent aucune prise.

Trois choses les séparent d'un objectif.

Un souhait décrit un état, un objectif décrit une direction. « Être serein » est un état : soit vous y êtes, soit vous n'y êtes pas, et il n'y a rien à faire de cette phrase. « Prendre dix minutes seule avant de rentrer le soir » est une direction : vous pouvez vous y engager dès ce soir.

Un souhait est global, un objectif est situé. Où, quand, avec qui ? Sans contexte, un objectif n'a nulle part où se poser. Il flotte, et vous le remettez à demain sans même vous en rendre compte.

Un souhait n'a pas de fin, un objectif a un repère. À quoi saurez-vous que c'est acquis ? Si la réponse n'existe pas, vous ne pourrez jamais constater que vous avez avancé — et un effort qu'on ne peut pas constater s'arrête toujours.

La question qu'on oublie de se poser

À qui appartient cet objectif ?

La question paraît étrange. Elle ne l'est pas. Beaucoup de ce que vous vous fixez n'a jamais été choisi. C'est ce qu'il faudrait faire, ce qu'on attend de vous, ce que fait votre entourage, ce que dit l'époque. Un objectif emprunté peut tenir quelques semaines — le temps que dure l'élan. Il ne tient jamais un an.

Ce n'est pas une intuition de praticienne. Les chercheurs considèrent la possibilité de décider soi-même de ce qu'on fait comme un besoin psychologique fondamental. Et lorsqu'on parvient à aligner son quotidien et ses objectifs sur ses propres intérêts, les effets sur le bien-être sont mesurables. À l'inverse, un objectif imposé de l'extérieur épuise, même quand il est atteint.

Trois questions suffisent en général à trancher.

Si personne ne le savait jamais, est-ce que j'y tiendrais encore ? Si l'objectif perd tout son sel dès qu'on retire le regard des autres, il ne vous appartient pas complètement.

Quand j'y pense, qu'est-ce que je ressens ? Un objectif à soi produit une forme d'élan, même mêlée d'appréhension. Un objectif emprunté produit surtout de la lourdeur, ou de la culpabilité.

Est-ce que je peux dire pourquoi, avec mes mots ? Si la seule réponse disponible est « parce qu'il faut bien », il y a quelque chose à creuser. C'est souvent ici qu'on découvre qu'un objectif se cognait à ce qui compte vraiment pour soi — un sujet auquel nous consacrons un guide : identifier ses valeurs.

Un objectif emprunté tient le temps de l'élan. Un objectif choisi tient le temps qu'il faut.

Comment formuler le vôtre, étape par étape

Prenez de quoi écrire. Dix minutes suffisent, et l'écrit compte : un objectif gardé dans la tête se reformule tout seul, à la baisse, sans vous consulter.

Étape 1 — Écrivez ce que vous voulez, pas ce que vous fuyez. Partez de votre phrase spontanée, puis retournez-la. « J'arrête de crier sur mes enfants » devient « je veux garder une voix posée quand je suis à bout ». Nous détaillons ce point ailleurs, parce qu'il est au cœur du travail en séance : voir comment se passe une séance.

Étape 2 — Vérifiez qu'il ne dépend que de vous. Relisez votre phrase : y a-t-il quelqu'un d'autre dedans dont le comportement conditionne la réussite ? Si oui, réécrivez-la avec vous comme seul sujet.

Étape 3 — Posez-le quelque part. Ajoutez un moment et un lieu. « Faire du sport » ne se produit jamais ; « mardi et jeudi, en sortant du bureau » se produit. Un objectif rattaché à un moment précis n'a plus besoin d'être décidé chaque jour — et c'est cette décision quotidienne, justement, qui use.

Étape 4 — Trouvez la première marche, puis baissez-la. Écrivez la toute première action. Relisez-la : est-ce qu'elle vous fait hésiter ? Si oui, elle est encore trop haute — descendez-la jusqu'à ce qu'elle devienne évidente. Ce n'est pas de la facilité : diviser en petites étapes réduit le stress ressenti face à la tâche, et c'est précisément ce qui permet d'avancer.

Étape 5 — Décidez à quoi vous verrez que c'est fait. Que ferez-vous, ou que ressentirez-vous, de différent ? Sans ce repère, aucun progrès ne se voit, et vous finirez par croire que rien ne bouge alors que beaucoup aura changé.

Relisez votre phrase finale. Elle devrait tenir en une ligne, ne contenir que vous, indiquer un moment, et se terminer par quelque chose de vérifiable. Si c'est le cas, vous avez un objectif — pas un souhait.

Un dernier point : la première marche demande presque toujours de sortir un peu de vos habitudes, et c'est normal que cela résiste. Nous en parlons ici : sortir de sa zone de confort.

Ce que ça va vous coûter

Voici l'étape que presque personne ne franchit seul, et qui explique bien des échecs inexpliqués : tout changement a un prix, et il vaut mieux le connaître avant.

Un exemple parlant. Quelqu'un veut apprendre à dire non. Objectif clair, formulé positivement, qui dépend de lui. Sauf que dire non va décevoir des gens, faire perdre une réputation d'arrangeant, peut-être créer des tensions. Si ce coût n'a jamais été regardé en face, il agira en coulisses — et l'objectif s'effondrera sans qu'on comprenne pourquoi.

Il existe une deuxième question, plus déroutante encore : qu'est-ce que la situation actuelle vous apporte ? On croit volontiers qu'un problème n'apporte rien. C'est presque toujours faux. La procrastination protège de l'échec — tant qu'on n'a pas commencé, on n'a pas raté. Le surmenage donne une place, une importance. Un excès de prudence évite bien des déceptions.

Il ne s'agit pas de vous juger, mais de constater qu'une part de vous a de bonnes raisons de ne pas bouger — et de lui trouver une autre solution. Sans quoi, elle continuera de freiner en silence.

Deux questions à vous poser honnêtement avant de vous lancer : qu'est-ce que je perds si j'y arrive ? et qu'est-ce que la situation actuelle m'évite ? Les réponses sont souvent inconfortables. Elles sont aussi ce qui rend l'objectif tenable.

La note d'Allison

Pendant des années, je me suis fixé des objectifs très raisonnables — et parfaitement empruntés. Ceux qu'on est censé avoir : le poste d'après, la case suivante. Je les atteignais, et il ne se passait rien. Aucune satisfaction, juste la case cochée et la suivante qui apparaissait. Ce qui a changé, c'est le jour où j'ai posé une question toute bête : est-ce que j'en ai envie, moi ? La réponse a été non, et elle a été très inconfortable. Mais c'est de là qu'est venu le premier objectif qui a tenu. Aujourd'hui, quand quelqu'un me dit « il faudrait que je… », c'est toujours ma première question.

Il n'a pas besoin d'être noble

Une idée très répandue mérite d'être corrigée, parce qu'elle décourage beaucoup de monde. Elle veut qu'un « bon » objectif soit porté par le seul plaisir — sans quoi il ne vaudrait rien.

Les spécialistes distinguent en effet deux moteurs. Le premier vient de l'intérieur : le plaisir et l'intérêt que procure l'activité elle-même. Le second vient de l'extérieur : une récompense, une reconnaissance, une échéance, ou simplement l'envie d'éviter de s'en vouloir. La culture du développement personnel a fait du premier le seul moteur respectable.

C'est un mythe, et il a été contesté frontalement dans les colonnes de Cerveau & Psycho. Le psychologue Yves-Alexandre Thalmann y rappelle que les incitations extérieures sont parfois tout simplement indispensables.

En pratique, cela change deux choses pour vous. D'abord, vous pouvez cesser de vous méfier de vos propres raisons. Vouloir tenir une promesse faite à quelqu'un, ou vouloir être fier de vous, sont des moteurs parfaitement légitimes. Ensuite, vous pouvez vous en servir : annoncer votre objectif à une personne de confiance, poser une échéance réelle, prévoir de quoi marquer le coup. Ce ne sont pas des béquilles, ce sont des appuis.

La nuance à garder : un objectif entièrement extérieur, où rien ne vient de vous, retombe dans le problème de la troisième section. L'idéal n'est pas la pureté, c'est le mélange.

Vous avez le droit d'en changer

Dernière chose, et elle libère beaucoup de monde : un objectif se révise. Vous pouvez le rapetisser, le décaler, le remplacer — sans que cela signifie que vous avez échoué.

Le seul vrai échec serait de le garder intact alors qu'il ne vous correspond plus, et de vous épuiser à poursuivre quelque chose dont vous ne voulez plus. Un objectif est un outil de direction, pas un engagement moral. S'il ne vous sert plus, changez-le.

Et si, malgré une formulation impeccable, rien ne bouge ? La cause est parfois ailleurs : dans une conviction ancienne sur ce qui vous serait possible. C'est le sujet des croyances limitantes.

Partir de ce que vous voulez plutôt que de ce qui ne va pas : cette manière de travailler est au cœur de la PNL. Elle traverse aussi tout un pan du développement personnel. Elle n'a rien de magique — elle demande simplement de se poser les bonnes questions avant de démarrer, plutôt qu'après avoir abandonné.

Quand se faire accompagner

Poser un objectif et le tenir se travaille très bien seul. Un accompagnement — psychologue, thérapeute ou professionnel de l'accompagnement — devient utile lorsque :

  • vous répétez le même échec depuis des années, sans comprendre ce qui bloque ;
  • l'objectif touche à quelque chose de douloureux que vous préférez éviter ;
  • chaque tentative s'accompagne d'une anxiété ou d'un découragement qui s'installe ;
  • vous ne parvenez pas à savoir ce que vous voulez, et cette absence de direction pèse.

Cet article relève du mieux-être, non du soin. Si un mal-être pèse durablement, parlez-en à votre médecin. En cas de détresse, le 3114 est joignable gratuitement, 24 h/24.

Ce guide a une vocation d'information et de mieux-être. Il ne constitue ni un diagnostic, ni un traitement, ni un avis médical, et ne remplace pas l'accompagnement d'un professionnel de santé.

Sources principales

Thalmann, Y.-A., « Stop au mythe de la motivation intrinsèque » (Cerveau & Psycho n°113, septembre 2019) : les motivations venues de l'extérieur sont parfois indispensables. · Cerveau & Psycho n°166 (juin 2024) : la possibilité de décider soi-même de ce que l'on fait comme besoin psychologique fondamental, et les effets mesurés d'un quotidien aligné sur ses intérêts propres. · Cerveau & Psycho n°177 : diviser une tâche en petites étapes réduit le stress ressenti et permet d'avancer. Reformulé, attribué, non médical.

Questions fréquentes

On vous répond simplement.

C'est quoi un objectif bien formulé ?

C'est un objectif qui décrit ce que vous voulez plutôt que ce dont vous ne voulez plus, qui dépend de vous et pas d'autrui, qui est rattaché à un moment et un lieu précis, et dont vous pouvez dire à quoi vous saurez qu'il est atteint. Une condition supplémentaire, souvent oubliée : qu'il soit vraiment le vôtre.

Comment formuler un objectif, concrètement ?

En cinq étapes, dix minutes, par écrit. Écrivez ce que vous voulez et non ce que vous fuyez. Vérifiez que la réussite ne dépend que de vous. Ajoutez un moment et un lieu. Trouvez la première action, puis baissez-la jusqu'à ce qu'elle ne fasse plus hésiter. Enfin, décidez à quoi vous verrez que c'est fait.

Pourquoi mes objectifs ne tiennent jamais ?

Presque jamais par manque de volonté. Quatre causes reviennent : l'objectif est trop grand pour qu'une première marche existe, il décrit le problème au lieu de la direction, il dépend de quelqu'un d'autre, ou il ne vous appartient pas — vous vous l'êtes fixé parce qu'il le fallait.

Comment savoir si un objectif est vraiment le mien ?

Trois questions le révèlent. Si personne ne le savait jamais, y tiendriez-vous encore ? Qu'est-ce que vous ressentez quand vous y pensez — de l'élan, ou de la lourdeur ? Et pouvez-vous dire pourquoi avec vos propres mots, sans répondre « parce qu'il faut bien » ?

Faut-il être motivé de l'intérieur pour réussir ?

Non, et c'est une idée reçue tenace. Le psychologue Yves-Alexandre Thalmann l'a contestée dans Cerveau & Psycho : les motivations venues de l'extérieur — une échéance, une promesse, une reconnaissance — sont parfois indispensables. Un objectif n'a pas besoin d'être pur pour être valable, à condition qu'une part vienne aussi de vous.

Peut-on changer d'objectif en cours de route ?

Oui, et c'est souvent la bonne décision. Un objectif est un outil de direction, pas un engagement moral. Le rapetisser, le décaler ou le remplacer n'est pas un échec. Le seul vrai échec serait de vous épuiser à poursuivre quelque chose dont vous ne voulez plus.

Allison Vasseur, praticienne en thérapie brève et fondatrice d'AIO
Écrit par

Allison — fondatrice d'AIO

Praticienne en thérapie brève, hypnose ericksonienne, PNL et communication bienveillante, j'accompagne vers plus d'apaisement et de clarté. J'écris La Revue pour rendre ces outils de mieux-être simples, sûrs et accessibles à toutes et tous.