Le guide

L'assertivité : s'affirmer sans s'écraser, ni écraser l'autre.

La quatrième voie entre subir, agresser et manipuler. Ce qu'est vraiment l'affirmation de soi, pourquoi elle change les relations — et comment elle s'apprend.

L'assertivité : s'affirmer avec justesse, dans le respect de soi et de l'autre
En bref

L'assertivité, c'est la capacité à dire ce qu'on pense et à poser ses limites, sans agresser ni se soumettre. Ce n'est pas un trait de caractère réservé aux forts : c'est une compétence relationnelle, qui s'apprend. Face à une tension, il existe quatre façons de réagir — et une seule préserve à la fois la relation et l'estime de soi.

  • Quatre réactions possibles : fuir, agresser, manipuler… ou s'affirmer.
  • S'affirmer, c'est respecter ses droits ET ceux de l'autre — du 50-50.
  • Ni la soumission ni l'agressivité ne fonctionnent sur la durée.
  • Ça se travaille, à petits pas, dans les situations à faible enjeu d'abord.

Une remarque déplacée en réunion, un service qu'on n'ose pas refuser, une frustration qu'on ravale « pour ne pas faire d'histoires ». Puis, un jour, ça déborde — on explose pour une broutille, ou on rentre chez soi rongé de ne rien avoir dit. Entre se taire et exploser, beaucoup de gens ne connaissent pas de troisième voie. Cette voie existe pourtant, elle porte un nom, et elle s'apprend : l'assertivité.

Ce guide vous propose de comprendre ce qu'elle est vraiment — souvent bien plus subtile que « oser dire les choses » — puis d'explorer, à travers les articles reliés, comment la mettre en pratique au quotidien.

Qu'est-ce que l'assertivité ?

Le mot est un peu barbare — il vient de l'anglais assertiveness — mais l'idée est simple. L'assertivité, ou affirmation de soi, c'est la capacité à exprimer ce que l'on pense, ce que l'on ressent et ce dont on a besoin, tout en respectant ce que pense, ressent et demande l'autre.

La formule qui la résume le mieux tient en deux chiffres : c'est du 50-50. Ni s'effacer au profit de l'autre, ni s'imposer à ses dépens. On tient sa place et on laisse la sienne à l'autre.

Le concept n'a rien de nouveau. Il naît dans les années 1950-1970, à la croisée de la psychologie comportementale — avec des cliniciens comme Andrew Salter et Joseph Wolpe — et des mouvements pour les droits civiques, qui réclamaient des « outils de communication pour faire valoir ses droits et se faire entendre ». En 1970, les psychologues Robert Alberti et Michael Emmons en tirent un ouvrage pionnier, Your Perfect Right : s'affirmer, y écrivent-ils, c'est exprimer ses droits sans piétiner ceux d'autrui. Ce n'est pas un hasard si leur livre s'ouvre sur la Déclaration des droits de l'homme — l'assertivité est, au fond, une affaire de dignité partagée.

Un point capital découle de cette origine : on ne peut pas s'affirmer dans la colère. Arriver en disant « je suis furieux, donc j'ai le droit de… » n'est pas de l'affirmation, c'est de l'agressivité — et la relation en pâtit. S'affirmer suppose de garder ses moyens, pas de les perdre.

Les quatre façons de réagir à une tension

Voici le cœur du sujet, et le cadre le plus utile à retenir. Face à une situation qui nous contrarie — un désaccord, une demande, une injustice —, il existe quatre grandes manières de réagir. Trois mènent à une impasse ; une seule ouvre une issue.

1. La passivité (fuir). On se tait, on cède, on ravale. « Ce n'est pas grave », « je ne veux pas d'histoires ». Sur le moment, on évite le conflit — mais on s'oublie soi. À force, la frustration s'accumule, l'estime de soi s'érode, et l'on finit souvent par exploser… ou par tomber malade de tout ce qu'on n'a pas dit.

2. L'agressivité (attaquer). On impose, on hausse le ton, on écrase. On obtient parfois ce qu'on veut sur l'instant — mais au prix de la relation. L'autre se braque, se venge ou s'éloigne. Et l'agressivité, contrairement à une idée reçue, n'est pas de la force : c'est souvent de la peur qui déborde.

3. La manipulation (contourner). On n'ose pas demander directement, alors on ruse : sous-entendus, chantage affectif, culpabilisation, ironie. C'est la voie du passif-agressif — « non non, ça va… » sur un ton qui dit l'inverse. Elle épuise la relation à petit feu, car l'autre sent qu'on ne joue pas franc-jeu, sans pouvoir mettre le doigt dessus.

4. L'assertivité (s'affirmer). On dit clairement, calmement, ce qu'on pense et ce dont on a besoin — en laissant à l'autre le droit de ne pas être d'accord. C'est la seule des quatre voies qui préserve à la fois la relation et l'estime de soi. Ce n'est pas la plus facile ; c'est la seule qui tient sur la durée.

Un point important : personne n'est « assertif » ou « passif » par nature. Nous avons tous un style dominant, mais il varie selon les contextes — affirmé au travail, effacé en famille, ou l'inverse. Pour repérer le vôtre, notre test de style de communication propose un moment d'auto-observation.

Se taire, ce n'est pas être gentil. Exploser, ce n'est pas être fort. S'affirmer, c'est se respecter assez pour parler, et respecter l'autre assez pour l'écouter.

Pourquoi ni la fuite ni l'agressivité ne marchent

On pourrait croire que ces deux extrêmes ont au moins l'avantage d'être « efficaces » à leur manière. C'est faux, et il vaut la peine de comprendre pourquoi.

La passivité a un coût caché, souvent lourd. Ce qu'on ne dit pas ne disparaît pas : cela s'accumule. Les non-dits deviennent du ressentiment, le ressentiment de la fatigue, la fatigue parfois des symptômes physiques. Et chaque fois qu'on se tait, on envoie à son cerveau un message : « mon avis ne compte pas ». À force, on finit par le croire — c'est ainsi que la passivité ronge l'estime de soi.

L'agressivité, elle, obtient des victoires qui coûtent plus qu'elles ne rapportent. On gagne l'échange, on perd la relation. L'autre cède peut-être, mais il se ferme, se méfie, ou prépare sa revanche. Et l'on reste souvent avec un goût amer — celui d'avoir eu raison de la mauvaise manière.

Quant à la manipulation, elle est la plus corrosive parce qu'elle est invisible. Elle maintient une illusion de paix tout en minant la confiance. On ne peut pas construire une relation solide sur des sous-entendus.

L'assertivité, à l'inverse, ne cherche pas à « gagner ». Elle cherche à ce que les deux parties se sentent respectées — ce qui, paradoxalement, donne les relations les plus durables et les accords les plus tenus. On coopère mieux avec quelqu'un qui nous a parlé droit qu'avec quelqu'un qui nous a soumis ou manipulé.

Assertivité et confiance en soi

Il existe un lien étroit, à double sens, entre s'affirmer et avoir confiance en soi.

D'un côté, s'affirmer suppose une base de confiance : oser dire non, exprimer un désaccord, demander quelque chose, cela demande de se sentir légitime. C'est pourquoi les personnes qui manquent de confiance basculent souvent dans la passivité — non par choix, mais parce que prendre sa place leur semble interdit.

Mais la relation fonctionne aussi dans l'autre sens, et c'est là que réside l'espoir : chaque fois qu'on s'affirme, la confiance grandit. Oser dire non une fois, et constater que le ciel ne tombe pas, dépose une preuve concrète qu'on en est capable. C'est le même mécanisme des petits pas que nous décrivons dans notre guide sur la confiance en soi : on ne devient pas assuré pour s'affirmer, on devient assuré parce qu'on s'est affirmé.

L'affirmation de soi est ainsi l'un des chemins les plus concrets vers la confiance — et vers l'estime de soi, ce socle plus profond qui grandit chaque fois qu'on se traite comme quelqu'un dont l'avis mérite d'être entendu.

Un repère pour se situer. Après un échange, posez-vous deux questions. Ai-je dit ce que j'avais à dire ? Ai-je respecté l'autre en le disant ? Deux « oui » : vous avez été assertif. « Non » à la première : vous avez sans doute fui. « Non » à la seconde : vous avez sans doute agressé. Ce simple bilan, répété, affine peu à peu le curseur.

Ce que l'assertivité n'est pas

Le concept est souvent mal compris, et ces malentendus découragent ceux qui en auraient le plus besoin. Mettons-les de côté.

Ce n'est pas « dire tout ce qu'on pense ». S'affirmer, ce n'est pas déverser ses quatre vérités sans filtre. C'est choisir de dire ce qui compte, au bon moment, de la bonne manière. La franchise brutale n'est pas de l'assertivité — c'est souvent de l'agressivité déguisée en honnêteté.

Ce n'est pas toujours obtenir gain de cause. On peut s'affirmer parfaitement et essuyer un refus. L'assertivité ne garantit pas le résultat — elle garantit qu'on aura défendu sa position dignement, en laissant l'autre libre. Le succès se mesure à la manière, pas à l'issue.

Ce n'est pas devenir dur ou égoïste. C'est la crainte la plus fréquente, surtout chez les personnes très attentives aux autres : « si je m'affirme, je vais blesser, paraître égoïste ». C'est l'inverse. S'affirmer avec respect, c'est offrir à l'autre une relation claire, sans non-dits ni rancune accumulée. C'est un cadeau, pas une agression.

Ce n'est pas réservé aux extravertis. On peut être réservé, discret, et parfaitement assertif. L'affirmation de soi n'est pas une question de volume, mais de justesse. Les personnes les plus assertives sont souvent calmes.

Comment ça s'apprend

Voici la meilleure nouvelle : l'assertivité est une compétence, pas un don. Elle se travaille — et par des moyens simples, que nous détaillons dans les articles reliés. En voici les grands principes.

CINQ CLÉS POUR S'AFFIRMER 1 Commencer petit S'entraîner d'abord sur des situations à faible enjeu. 2 Parler en « je » « J'ai besoin de calme » plutôt que « tu fais trop de bruit ». 3 Oser dire non Poser une limite, ce n'est pas rejeter l'autre. 4 Soigner la forme Le ton, le regard, la posture comptent autant que les mots. 5 Accepter l'inconfort Il est normal les premières fois — et il passe.
Cinq clés pour s'affirmer — à ancrer une à une, pas toutes d'un coup

Commencer petit. On ne se lance pas d'emblée dans la conversation la plus redoutée. On s'entraîne sur des situations à faible enjeu : renvoyer un plat qui ne convient pas au restaurant, donner son avis sur un film, demander une précision. Chaque petit succès rend le suivant possible.

Parler de soi, pas contre l'autre. La clé tient souvent dans un déplacement grammatical : dire « je » plutôt que « tu ». « J'ai besoin de calme pour finir » passe infiniment mieux que « tu fais trop de bruit ». C'est le principe de la communication non violente, que notre traducteur CNV aide à mettre en pratique, phrase par phrase.

Apprendre à dire non. C'est le geste assertif par excellence, et le plus difficile pour beaucoup. Dire non à une demande, ce n'est pas rejeter la personne — c'est poser une limite. Nous y consacrons un guide entier : oser dire non et poser ses limites.

Soigner la forme autant que le fond. Le ton, le regard, la posture comptent autant que les mots. Une phrase assertive dite en fuyant du regard perd toute sa force. Ce versant relationnel est développé dans notre article sur la communication assertive.

Accepter l'inconfort. Les premières fois, s'affirmer est désagréable — on a le cœur qui bat, on se sent presque coupable. C'est normal, et c'est passager. Cet inconfort n'est pas le signe qu'on fait mal ; c'est le signe qu'on sort d'une vieille habitude.

Et parce que s'affirmer déclenche souvent une bouffée de stress, notre guide sur la gestion du stress peut aider à garder ses moyens dans les moments qui comptent.

Quand s'affirmer est vraiment difficile

Pour certaines personnes, s'affirmer n'est pas seulement inconfortable — c'est presque impossible. Et il faut le dire sans jugement : ce n'est pas de la faiblesse.

Cette difficulté s'enracine souvent tôt, dans un environnement où prendre sa place était découragé, voire dangereux. Un enfant à qui l'on a appris que ses besoins dérangeaient, ou qui a grandi dans la peur du conflit, devient un adulte pour qui « dire non » réveille une vieille alarme. La passivité a alors été une stratégie de survie — elle a eu son utilité. La reconnaître pour ce qu'elle était permet de cesser de s'en vouloir.

Quand l'affirmation de soi est bloquée à ce point — au point de subir des situations qui font souffrir, de ne jamais pouvoir refuser, de s'effacer systématiquement —, un accompagnement peut réellement aider. Ce n'est pas un luxe : c'est parfois ce qui débloque des années de non-dits.

Quand se faire accompagner

S'affirmer se travaille très bien seul, par petits pas. Mais un accompagnement — psychologue, thérapeute ou professionnel de l'accompagnement — est utile lorsque :

  • l'impossibilité de s'affirmer vous fait subir des situations qui vous font souffrir (au travail, en couple, en famille) ;
  • vous vous oubliez systématiquement, au point de ne plus savoir ce que vous voulez ;
  • la difficulté s'enracine dans des expériences anciennes qui reviennent sans se dénouer ;
  • elle s'accompagne d'une anxiété ou d'un mal-être durables.

Cet article relève du mieux-être, non du soin. En cas de mal-être qui pèse, parlez-en à un professionnel de santé. En cas de détresse, le 3114 est joignable gratuitement, 24 h/24.

Ce guide a une vocation d'information et de mieux-être. Il ne constitue ni un diagnostic, ni un traitement, ni un avis médical, et ne remplace pas l'accompagnement d'un professionnel de santé.

Sources principales

Alberti, R. & Emmons, M. (1970), Your Perfect Right — ouvrage fondateur sur l'affirmation de soi (exprimer ses droits en respectant ceux d'autrui). · Salter, A. & Wolpe, J. — racines comportementales de l'affirmation de soi. · Rosenberg, M. B. — communication non violente. · Travaux sur les styles de communication (passif, agressif, passif-agressif, assertif). · Dossier Cerveau & Psycho n°166, « Comment gérer sa colère » (« exprimer ses besoins apaise la colère »).

Questions fréquentes

On vous répond simplement.

C'est quoi l'assertivité, simplement ?

C'est la capacité à dire ce qu'on pense et à poser ses limites sans agresser ni se soumettre. La formule qui la résume : c'est du 50-50 — on respecte ses propres droits et besoins tout en respectant ceux de l'autre. Le concept a été formalisé en 1970 par les psychologues Alberti et Emmons.

Quelle différence entre assertivité et agressivité ?

L'agressivité impose au mépris de l'autre : on gagne l'échange mais on abîme la relation. L'assertivité affirme dans le respect de l'autre : on tient sa position en laissant à l'autre le droit de ne pas être d'accord. On ne peut d'ailleurs pas s'affirmer dans la colère — perdre ses moyens fait basculer dans l'agressivité.

Peut-on apprendre à s'affirmer ?

Oui, c'est une compétence, pas un trait de caractère. Elle se travaille par petits pas : s'entraîner sur des situations à faible enjeu, parler en « je » plutôt qu'en « tu », apprendre à dire non. Chaque petit succès renforce la confiance, qui facilite le suivant. On devient assuré parce qu'on s'est affirmé, pas l'inverse.

S'affirmer, est-ce être égoïste ?

Non, c'est même l'inverse. S'affirmer avec respect offre à l'autre une relation claire, sans non-dits ni rancune accumulée. La franchise brutale, elle, n'est pas de l'assertivité mais de l'agressivité. Dire ce qui compte, au bon moment et dans le respect, est un cadeau pour la relation, pas une agression.

Pourquoi est-ce si difficile de dire non ?

Souvent parce qu'on confond refuser une demande et rejeter la personne. Dire non, c'est poser une limite, pas fermer la porte. La difficulté s'enracine parfois tôt, dans un environnement où prendre sa place était découragé : la passivité a alors été une stratégie de survie. La reconnaître permet de cesser de s'en vouloir et de réapprendre.

Faut-il être extraverti pour être assertif ?

Pas du tout. On peut être réservé, discret, et parfaitement assertif. L'affirmation de soi n'est pas une question de volume ou d'aisance sociale, mais de justesse : dire ce qui compte, clairement et dans le respect. Les personnes les plus assertives sont souvent les plus calmes.

Allison Vasseur, praticienne en thérapie brève et fondatrice d'AIO
Écrit par

Allison — fondatrice d'AIO

Praticienne en thérapie brève, hypnose ericksonienne, PNL et communication bienveillante, j'accompagne vers plus d'apaisement et de clarté. J'écris La Revue pour rendre ces outils de mieux-être simples, sûrs et accessibles à toutes et tous.